mardi 5 septembre 2017

Palacio de Superunda : Derrière ses portes, la collection Caprotti


            Troisième article de notre série sur la reconversion des grands palais, avec une promenade à Avila à nouveau. Après avoir vu que les palais pouvaient être transformés en archives, en bibliothèques, et même à plusieurs reprises en siège de la députation, à León ou Salamanca, ou encore en palais de justice comme à Soria ; aujourd’hui nous allons visiter un musée d’art contemporain. Hors du circuit Santa Teresa, Avila propose de véritables perles, comme cette visite nichée dans le palacio Superunda, le museo Caprotti.

            Avouons-le, musée d’art contemporain rime souvent avec art abstrait, installations et concepts, une part de l’art que j’ai souvent du mal à comprendre, dont je ne possède pas les codes. Mais voilà c’est réducteur, et j’ai bien failli tomber dans le panneau et ne pas visiter ce musée, pensant que j’y perdrai mon temps. Mais la pluie faisant son œuvre, j’ai trouvé refuge dans l’entrée et j’ai décidé de le visiter pour passer le temps, bien m’en a pris !



            Le palais est un peu plus tardif que les deux présentés précédemment puisqu’on situe sa construction aux années 1580-1600. De la première famille qui l’a construit et habité il est parfois nommé el palacio de Ochoa Aguirre, mais c’est relativement rare. Il porte plus souvent le nom des comtes de Superunda, titre datant du XVIIIe siècle, qui l’habitèrent un temps, après en avoir hérité de la première famille. Cette lignée s’illustra notamment en comptant parmi ses membres un Vice-roi du Pérou. Le titre de comte de Superunda est encore porté aujourd’hui par son onzième représentant.
Portrait de Caprotti
            Le grand palais a relativement bien traversé les siècles. Son destin bascule radicalement au début du XXe siècle quand un peintre italien entre en scène. Loin de l’Espagne, le 5 octobre 1887, dans la banlieue de Milan, à Monza, naît le petit Guido. Rien à priori ne lie le cadet de la famille Caprotti à la péninsule ibérique. Petit fils d’un peintre qui fut ami de Verdi, il baigne dans le monde de l’art. Après des études de dessin et de peinture, le jeune Guido se lance dans la découverte de l’Europe.
Durant l’hiver 1916 il est appelé à Madrid, au Prado, pour réaliser la copie d’une œuvre qui y est conservée, mais les aléas climatiques vont en décider autrement. Le train est bloqué par la neige au cœur du plateau castillan non loin d’Avila. En ce terrible mois de novembre, les voyageurs sont installés quelques jours en ville. Il n’en faut pas plus pour que Caprotti tombe amoureux d’Avila ! Il avait pourtant vu du pays, mais plus que Paris, que tous les paysages d’Angleterre, d’Allemagne ou de Russie, c’est l’austère Avila qui a ravi son cœur. Tant et si bien qu’il y revient, qu’il s’y installe, qu’il la peint, qu’il se fond dans cette Espagne où il épouse Laura de la Torre. Rencontrée à Madrid, peintre aussi, elle est spécialisée dans les portraits miniatures. Vous pourrez lors de la visite du musée admirer quelques-unes de ses réalisations. Ils se marient en 1920. Issue d’une importante famille espagnole, Laura est la fille d’un architecte, photographe, directeur de presse, Felix de la Torre, lui aussi arrivé par les hasards de la vie à Avila. Caprotti admire les peintres espagnols de son temps, en particulier Sorolla, relation de son beau-père.


Une représentation d' Avila sous la neige par Caprotti

            Le ménage aura trois enfants, une fille, Laura d’abord, et des jumeaux Oscar et Edgar. Le premier deviendra artiste, en parallèle d’une vie sportive bien remplie, le second, joueur de basketball au Real Madrid puis avocat. D’Oscar vous découvrirez aussi les jolies sculptures, dispersées dans le musée parmi les œuvres de son père. La petite famille prend donc ses quartiers dans le palais, comme locataire, car il ne l’achèteront en réalité qu’en 1954 au comte qui en était propriétaire. De sa vie à Avila, il a croqué les traditions dans les campagnes, le long des processions, dans les rues...



   

            La période trouble de la guerre civile chasse d’Espagne Caprotti, lui qui fréquente des opposants à Franco, par exemple Unamuno, qu’il représente dans un de ses tableaux, mais qui, aussi, par ses origines italiennes est rejeté par les Républicains qui voient en lui un fasciste. Ses biens seront grandement abîmés par la guerre civile, aussi bien à Avila, où il fera mener une nouvelle restauration, qu’à Madrid ou en Biscaye. Même s'il revient ensuite en Espagne, il se remet à voyager dans le monde dès la fin des années 1940 où il s’envole pour Mexico. Ce voyage le marque énormément et permet d’offrir une période particulièrement colorée dans son travail, où il se passionne pour les costumes, les traditions, comme il le faisait déjà à Avila. Il retournera une fois au Mexique à la fin des années 1950.



Oeuvre d'Oscar Caprotti 


            C’est en Biscaye qu’il s’éteint, le 5 septembre 1966, il sera enterré dans la ville dont il est devenu « le fils adoptif », Avila. Sa femme s’éteindra en 1988. Les jumeaux Caprotti sont décédés en 2003 et 2012 et ont rejoint leurs parents dans le caveau familial, à Avila qui resta à jamais la ville de cette famille        




            Classé en 1992, le palais ne sera acquis pas la mairie qu'en 2006. La même année, les héritiers du peintre font don des œuvres de leur père à la municipalité. En parallèle, le palais qui s’est beaucoup dégradé, ayant subi de multiples réaménagements, est entièrement réhabilité dans le but d’y ouvrir un musée. Vous pourrez, lors de votre visite découvrir de nombreuses photos avant/après restauration qui permettent de mesurer l’énorme travail réalisé, pour rouvrir au public les 2 500 m² du palais.  Sur les 300 tableaux de Caprotti possédés par le musée, environ 140 sont exposés. En plus de son fils, quelques autres artistes sont représentés comme Sorolla à qui on doit les tableaux des beaux parents du peintre. C’est finalement en octobre 2013 que ce nouveau musée ouvre ses portes, sous les yeux émus des petits enfants du peintre.  


Autoportrait de Caprotti, au fond la ville d'Avila

            Nous ne sommes pas ici dans une maison musée qui serait restée ou aurait été réaménagée telle que l’aurait connue l’artiste, comme celle de Zorilla ou celle de Cervantes, toutes deux à Valladolid. Nous sommes bien ici dans un musée, mais particulier puisqu’on visite aussi des pièces reconstituées telles qu’elles pouvaient être quand c’était une demeure nobiliaire, une cuisine, un salon par exemple. L’audioguide, en français, est d’une grande aide pour suivre cette visite riche en découvertes. 


Je vous souhaite une belle visite et si vous n'avez pas la chance d'aller à Avila j'espère vous avoir fait découvrir un peintre que vous ne connaissiez pas.   




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